GHF: Quand le génocide se déguise en mission humanitaire

Date

Date

7 juillet 2025

7 juillet 2025

Auteur

Auteur

Q.G.

Q.G.

Sud de la bande de Gaza, le 29 mai 2025 /AFP

La Gaza Humanitarian Foundation (GHF), ou Fondation humanitaire de Gaza, est une organisation privée établie en Suisse et aux États-Unis depuis février 2025. D’abord perçue comme une énième organisation humanitaire ayant pour objectif de venir en aide tant bien que mal aux populations palestiniennes délibérément assassinées par le régime sioniste à Gaza, l’organisation s’est rapidement retrouvée au milieu d’une série de scandales sans précédent. Néanmoins, le traitement médiatique français accordé aux affaires n’a, encore une fois, absolument pas été à la hauteur des accusations, témoignant à nouveau d’un silence accablant, comme face à chaque nouvel échelon franchi par Israël sur l’échelle de l’inhumanité.

En effet, l’ONG est, depuis mai, pointée du doigt pour de multiples incidents s’étant produits lors de distributions alimentaires qu’elle organisait. L’ONU estimait cette semaine que, parmi les 613 Palestiniens tués depuis fin mai à l’occasion de distributions humanitaires, plus de 500 d’entre eux se seraient fait assassiner lors de distributions de la GHF. Mais alors, quelle coïncidence a ainsi pu placer systématiquement les installations de la GHF sur le chemin de l’armée israélienne ?

Direction de la GHF et liens avec les États génocidaires

Pour comprendre pourquoi la GHF est accusée d’organiser volontairement des distributions à risque pour les Gazaouis, il est nécessaire de s’intéresser aux créateurs et dirigeants de l’organisation. En effet, si l’organisation est établie en Suisse et aux États-Unis, elle a été créée en coopération par l’administration Trump et le gouvernement de Netanyahou. Dès lors, difficile d’accorder encore le bénéfice du doute quant aux intentions de l’organisation.


Plus encore, la direction de l’organisation et son contexte de création sont des éléments qui permettent de comprendre et de réaffirmer ses intentions génocidaires. D’abord dirigée par l’ancien sniper des US Marines Jake Wood, ce dernier quitte fin mai le poste de directeur exécutif, jugeant le projet incompatible avec les principes humanitaires fondamentaux.
À peine quelques jours après l’annonce de sa démission commencent les massacres lors des distributions alimentaires. L’organisation est alors dirigée par Johnnie Moore, évangélique d’extrême droite et conseiller de Donald Trump proche du président. Depuis l’arrivée de ce nouveau dirigeant, réputé pour son fervent soutien au gouvernement Netanyahou, les attaques par Tsahal dans les foules attendant de l’aide humanitaire se multiplient et deviennent presque quotidiennes. Ce 4 juillet encore, 38 personnes ont été tuées par l’armée israélienne dans ce contexte.


Ainsi, il est facile, en s’intéressant au déroulement des événements de ces derniers mois, de s’imaginer que la GHF a été créée dans le but de servir les intentions génocidaires du régime sioniste et de renforcer son contrôle sur l’humanitaire dans la région, le tout avec la collaboration de son meilleur allié en crimes de guerre, les États-Unis d’Amérique.
En février, l’organisation était créée ; début mars, Netanyahou instaurait à nouveau un blocus total sur les missions et matériels humanitaires à destination de la bande de Gaza — jamais levé à ce jour ; fin mai, Moore prenait la direction de l’organisation privée et le massacre d’un nouveau genre commençait.

Néanmoins, les liens entre l’organisation et le gouvernement israélien restent à prouver, et on ne peut pas dire que les médias d’investigation occidentaux se soient jetés sur l’occasion. Heureusement (ou pas), certaines enquêtes semblent confirmer cette hypothèse terrifiante.
Le New York Times notamment a révélé récemment que des militaires israéliens avaient largement pris part à l’organisation des missions humanitaires de la GHF, rappelant au passage que celle-ci est détenue par des sociétés militaires américaines privées. Haaretz, de son côté, a publié en juin une enquête qui retransmet les témoignages de soldats et de hauts gradés israéliens, révélant ainsi que les troupes israéliennes avaient explicitement reçu l’ordre de faire feu sur les foules palestiniennes agglutinées en marge de distributions humanitaires, et ce de « toutes les façons imaginables : grenades, lance-roquettes, mortiers, etc ».

Une étude d’Harvard met également en évidence un lien suspect entre les mouvements des militaires américains et israéliens et les stationnements des humanitaires, confirmant les révélations d’Haaretz et du NYT.


Une autre nouvelle, toutefois, a bien peu fait parler d’elle, mais pourrait révéler un saut supplémentaire de l’entité sioniste dans sa folie génocidaire, et venir rendre définitivement indubitables les accusations d’intentions génocidaires de la GHF.

De l’innovation dans les crimes contre l’humanité

Bien que l’information soit à prendre avec des pincettes car ne prenant racine que dans des témoignages palestiniens sur les réseaux sociaux, une nouvelle méthode génocidaire semble avoir été essayée récemment par les forces sionistes, et ce très certainement avec la collaboration de la GHF, qui détient encore le monopole de la distribution alimentaire à Gaza.

Ce 26 juin, plusieurs témoignages sont apparus sur Instagram et Twitter, décrivant, accompagnés de photos, avoir retrouvé des « cachets suspects » en tamisant de la farine obtenue dans un point d’aide humanitaire. Les autorités de Gaza et plusieurs médecins ont alors réagi, alertant sur un risque de tentative de « propagation illégale d’une drogue connue sous le nom d’oxycodone ». Ces cachets pourraient avoir été introduits en amont de la distribution alimentaire dans le but de rendre dépendantes des cibles gazaouies, ou simplement de faire subir les effets secondaires potentiellement mortels de ces molécules aux populations civiles.

Pour rappel, Israël a indiqué que la reconnaissance faciale pourrait être utilisée lors des distributions alimentaires, ce qui pourrait confirmer la première supposition. L’absence de considération d’une humanité commune entre Juifs et Arabes par les gouvernements israéliens depuis 1948 et l’inventivité reconnue de Tsahal et du Mossad dans leur lutte pour l’épuration ethnique de la Palestine sont, quant à elles, des considérations qui pourraient largement valider la seconde hypothèse.

Mais alors, quels liens entre cet incident et la Fondation humanitaire de Gaza ?

Depuis mars, la GHF est devenue la plaque tournante des distributions humanitaires dans la bande de Gaza. Très peu d’autres organisations peuvent prétendre avoir des convois autorisés à pénétrer dans l’enclave palestinienne, et celles qui voient parfois leurs cargaisons arriver à bon port sont encore moins nombreuses. En effet, les attaques se multiplient ces derniers mois : des milices organisées de sionistes israéliens et des pilleurs, souvent armés par Israël, organisent régulièrement des embuscades pour saboter ou piller les convois humanitaires.
De plus, la « zone tampon » entre ce qui reste d’habitations palestiniennes et les colonies israéliennes s’agrandit, empiétant chaque fois un peu plus sur le territoire palestinien et laissant plus de place à ces activités illégales. Ainsi, la GHF, protégée par l’État israélien, se retrouve seule ou presque à pouvoir organiser des distributions alimentaires. Ce constat réduit considérablement la possibilité que les sacs de farine contaminés aux opioïdes proviennent d’ailleurs que d’un point de distribution de la GHF, et a naturellement fait se tourner les accusations vers l’organisation.

Interrogée, la Fondation humanitaire de Gaza nie en bloc les accusations des civils, renvoyant ces dernières à un complot du Hamas. Elle se défend également en affirmant que « la farine distribuée est conditionnée commercialement et n’est ni produite ni manipulée par le personnel de la GHF ». Rien, toutefois, ne permet de confirmer ou d’infirmer cette déclaration. Il n’est pas non plus difficile de supposer que les services militaires israéliens sont largement en mesure de mener à bien une opération de contamination massive, maintenant que le gouvernement contrôle, par la GHF, le contenu de la quasi-totalité des rations entrant dans la bande de Gaza.

Une contestation internationale bien en deçà des standards du droit international

Une fois de plus, des difficultés se font ressentir tant dans la communication que dans l’action dès qu’il est question, pour les acteurs internationaux, de répondre à une nouvelle atteinte au droit des Palestiniens à vivre en paix. Car si, dans le cas de la contamination de quelques sacs de farine, l’événement peut paraître anecdotique, la mise au pas de l’humanitaire à destination des victimes d’un génocide par un monopole de l’État génocidaire est un événement sans précédent dans l’histoire des crimes contre l’humanité. Sans surprise, aucune réaction au sein de la plupart des institutions de l’Union européenne et des pays occidentaux.

Il faut s’intéresser au milieu même des ONG ou aux déclarations de l’ONU pour identifier des contestations audibles. Inutile de préciser que ces acteurs sont loin d’être les mieux placés pour éviter que la GHF ne conserve son monopole sur l’humanitaire à Gaza.

Ainsi, Médecins sans frontières critiquait, le 2 juin, dans un communiqué, le caractère « déshumanisant, dangereux et sévèrement inefficace » du système de distribution de la GHF. L’ONG dénonçait également, plus sèchement, le 27 juin, « un simulacre de distribution alimentaire qui produit des massacres à la chaîne ».

Le 24 juin, la Commission internationale de juristes et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont signé, avec 13 autres organisations militant pour les droits humains, une lettre estimant que la GHF pourrait être « complice de crimes relevant du droit international, notamment de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocide ».

Du côté de l’ONU, c’est le responsable de l’UNRWA, Philippe Lazzarini, qui comparait également, le 24 juin, la GHF à une « abomination qui humilie et dégrade les personnes désespérées, un piège mortel, coûtant plus de vies qu’il n’en sauve ».
En somme, organisations internationales et humanitaires refusent pour la plupart de travailler avec la Fondation humanitaire de Gaza, remettant régulièrement en cause sa neutralité et sa façon de procéder.

Dissolution en Suisse et avenir de la GHF

Établie entre le Delaware et Genève, la GHF s’est vue annoncer, ce mercredi 2 juillet, la liquidation de sa filiale suisse. Selon l’Autorité fédérale de surveillance des fondations (ASF), l’organisation serait à l’origine d’une série de manquements administratifs ayant donné suite à une mise en demeure et à deux plaintes.
On retrouve notamment dans la longue liste des irrégularités reprochées : absence de membre du conseil habilité à signer et domicilié en Suisse, moins de trois membres au conseil comme requis par les statuts, absence de compte bancaire suisse, d’adresse valable et d’organe de révision.

En somme, la société n’a certainement été établie en Suisse que pour profiter d’un système de financement opaque et d’avantages fiscaux. Tel que précisé par le Département fédéral de l’intérieur, la filiale sera dissoute à la fin du mois si aucune mesure n’est prise par cette dernière. La GHF a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne le ferait pas, abandonnant de facto sa filiale genevoise.

Si cette dissolution peut paraître réjouissante à première vue, voire même encourageante face à l’illégalité en tout point de l’organisation et de ses pratiques, il ne faut pas se faire d’illusion. La dissolution de la filiale suisse de la GHF n’est motivée que par des manquements administratifs et en aucun cas par une volonté du gouvernement suisse de se positionner en faveur du respect du droit international. Et si la Fondation ne pourra peut-être plus utiliser la Suisse comme une planque pour ses sombres financements, ses relations avec les entreprises militaires américaines qui en sont à l’origine et le pouvoir politique américain sont déjà connues de tous et assumées par la GHF.

En somme, la non-intervention d’États majeurs et la collaboration de nombre d’entre eux avec le régime sioniste ne font que tracer le chemin d’un avenir radieux pour la Fondation, fruit d’une volonté de Netanyahou et Trump de déguiser le génocide et de renforcer leur emprise sur Gaza pour en assurer le nettoyage ethnique le plus efficace et rapide. La finance et les États vendeurs d’armes comme la France profitant de la situation actuelle d’escalade des tensions, la GHF sait que ses seuls opposants se réduiront à d’inoffensives ONG et initiatives citoyennes associatives.

Plus que jamais, il est nécessaire de tracer un nouveau chemin politique pour que le massacre cesse. Les manuels d’Histoire ne retiendront pas cette période de complaisance des gouvernements avec le génocide palestinien, comme ils minimisent encore la complaisance que les libéraux ont eue avec le régime nazi, les crimes coloniaux ou le génocide rwandais. La seule chose qui compte est la stricte application du droit international établi depuis près d’un siècle. Ce socle doit demeurer la boussole des masses francophones dans l’unique but de faire respecter le droit des Palestiniens à disposer en paix et dans des conditions décentes de leur liberté et de leur territoire.
Sans la libération du peuple palestinien et le retour des exilés, il sera impossible de parler de monde libre à nouveau. Que valent les victoires politiques de la gauche, les combats pour des droits nouveaux et la conservation des acquis sociaux en Europe, dans un monde où les Palestiniens se voient même nier leur existence ?
La libération de la Palestine est une exigence fondamentale dont les forces politiques qui se réclament du peuple doivent impérativement se saisir, faute de quoi elles perdront toute crédibilité auprès de lui.

Quentin Gibert / rouge. / 07.07.25

Articles suggérés

Envie d'écrire un article ou de nous écrire?

Nous nous efforcerons de répondre à vos solicitations dans les plus brefs délais.

E-mail

contact@rougelemedia.fr

Envie d'écrire un article ou de nous écrire?

Nous nous efforcerons de répondre à vos solicitations dans les plus brefs délais.

E-mail

contact@rougelemedia.fr

©2026 rouge.

Seule la lutte libère.

©2026 rouge.

Seule la lutte libère.